Paul et Virginie

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Dans une de ces nuits
ardentes, Virginie sentit redoubler tous les symptômes de son mal. Elle se levait, elle
s'asseyait, elle se recouchait, elle ne trouvait dans aucune attitude ni le sommeil, ni le
repos. Elle s'achemine, à la clarté de la lune, vers sa fontaine ; elle en apperçoit la
source qui, malgré la sécheresse, coulait encore en filets d'argent sur les bancs bruns
du rocher. Elle se plonge dans son bassin. D'abord la fraîcheur ranime ses sens, et mille
souvenirs agréables se présentent à son esprit. Elle se rappelle que dans son enfance
sa mère et Marguerite s'amusaient à la baigner avec Paul dans ce même lieu ; que Paul
ensuite, réservant ce bassin pour elle seule, en avait creusé le lit, couvert le fond de
sable, et semé sur les bords des herbes aromatiques. |

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